Barrage de Sivens, zone humide du Testet, vallée du Tescou:retour à la case départ ?

Jean-François Dumas

Les organisations qui défendent la zone humide et qui ont choisi de participer à la co-construction par les différentes parties prenantes d’un projet de territoire pour une gestion de l’eau du bassin versant du Tescou constatent que le processus de concertation est au point mort malgré leurs relances. Ils s’en alarment. Après avoir « laissé du temps au temps » pour reprendre une formule célèbre, va-t-on de nouveau vers un passage en force après une mise devant le fait accompli ?

On a beau laisser du temps au temps, on n’oubliera pas que le jeune naturaliste Rémi Fraisse fut tué le 26 Octobre 2014 par une grenade offensive, arme de guerre employée par les forces de l’État pour réprimer ceux qui s’opposaient sur place à la construction de ce barrage, véritable hérésie écologique.
 
 Qui avait donné l’ordre d’utiliser de tels engins ? Jusqu’où fallait-il faire remonter la chaîne de commandement ? Mystère jamais vraiment élucidé. Rappelons seulement qu’à cette date François Hollande était président de la République et qu’au gouvernement sévissaient Valls comme premier ministre et Cazeneuve comme ministre de l’intérieur. Un trio qui allait durablement, voire irrémédiablement, discréditer le PS dans l’opinion publique.
 
Cette politique du « tout répressif » que l’on voit s’exercer aujourd’hui contre les Gilets jaunes a finalement été un échec. L’édification du barrage a été stoppée et celui-ci a été jugé illégal par la justice administrative. Ainsi la violence d’État s’est déchaînée pour tenter de permettre un saccage illégal d’une zone naturelle et aucun des gouvernants qui étaient à la tête de cet état, ni aucun de ceux qui en furent les serviteurs zélés n’ont été inquiétés. Il n’y a donc pas de raison que cela change. Surtout avec Macron-le-tout-répressif qui a été à bonne école lorsqu’il était membre du gouvernement de Valls sous Hollande. Et donc aujourd’hui tout risque de recommencer.
 
Peut-être-fallait-il s’y attendre. Il faut être bien « naïf » pour croire qu’un projet consensuel pourrait sortir de cette concertation réunissant des protagonistes aux vues diamétralement opposées. Ceux des opposants au barrage qui avaient refusé de participer à cette concertation sont en passe d’avoir raison.

Dans une tribune libre de Reporterre, ils avaient averti : la concertation à Sivens n’est qu’ « un jeu de dupes pour faire avaler une nouvelle pilule ».

D’ailleurs le préfet avait déclaré à la dizaine d’adhérents de l'association pro-barrage «Vivre eau Tescou» qui avaient manifesté devant la préfecture à Albi en juillet 2015 « qu'il travaillait sur le projet de territoire «et qu'il fallait en passer par là pour le projet de barrage» ». Il y a donc toujours eu un projet de barrage dans les cartons et pour le savoir il suffit de lire la presse agricole ou la presse locale, notamment La Dépêche du Midi toujours du côté des élus locaux et des agriculteurs pro-barrages. « Non, le projet de Sivens n’est pas enterré. » lisait-on dans Le paysan tarnais  (28/01/2016). Et cette année La Dépêche titrait : «Sivens : une retenue sur le Tescou à nouveau envisagée » Dans l’article, le journal donne la parole à un responsable des « Jeunes agriculteurs du Tarn » qui affirme que la solution la plus réaliste pour pallier le manque d’eau qui existerait selon lui mais qui reste à prouver, c’est un barrage sur le Tescou « C'est faisable, réalisable et réaliste (…). On attend des décisions en ce sens. » Si les JA et la FDSEA attendent « des décisions en ce sens », il y aura de telles décisions.
 
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Voici, in extenso, daté du 2 mai 2019, le communiqué de presse commun de 8 associations qui participent à la concertation
 
Inquiétudes sur l'issue du Projet de Territoire pour la Gestion de l'Eau du Bassin Versant du Tescou 
..... communiquées par les organisations suivantes: Confédération paysanne 81 et 82, ADEAR 82, Nature et Progrès Tarn, FNE82, UPNET, Collectif du Testet et Lisle Environnement.
 
Après la fin de mission de l'organisme mandaté pour animer ce projet, en juillet 2018, le processus n'a pas repris de façon satisfaisante, et ceci malgré nos demandes, nos deux courriers collectifs aux co-présidents du projet de territoire.
Ainsi, en 2019, la première réunion de l’assemblée qui organise la concertation de l'ensemble des acteurs et prend les décisions, l'Instance de Co-Construction, a été reportée  de nombreuses fois, et sa date n'est toujours pas connue au 22 mai!
Nos organisations contribuent activement à construire ce projet, participant à tous les groupes projets, dont certains peuvent déboucher rapidement sur des avancées importantes et porteuses d'espoir pour tout le territoire, comme celui sur les circuits de proximité. Néanmoins, nous ne validerons aucune solution pour la gestion de l'eau qui ne sera pas étayée par des données, des méthodes et des hypothèses partagées.
La proposition de révision à la hausse du Débit Objectif d'Etiage(DOE) a été contestée par nos organisations, données scientifiques à l'appui, et plusieurs courriers ont été adressés, notamment au préfet coordonnateur pour que les vices de forme, de méthode et de fond soient corrigés. Nous attendons toujours des réponses.
L'étude de la Chambre d'Agriculture qui prévoit le doublement des volumes d'eau utilisés pour de l’irrigation, a fait de notre part l'objet d'un dossier de contribution et de propositions alternatives étayées, cosigné par nos organisations et envoyé le 2 mai.
Sans les réunions de l’Instance de Co-Construction nécessaires à la convergence des vues, sans réponses à nos courriers, nous reviendrions de fait à la case départ, celle d'avant le projet de territoire.
L'avenir de la vallée du Tescou passe pourtant par la co-construction d'un projet de territoire pour la gestion de l'eau résultant d’un dialogue entre tous les acteurs.
 
Les signataires : Pierre-GuillaumeMERCADAL, Christian BONNEVILLE, Daniel DEBRUS, Rein SCHIPPER, Claude FORGEOT, Sabine MARTIN, Françoise BLANDEL, Christian PINCE 
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● Pour plus d’infos sur les points d’achoppement du dossier voir sur le site du
Collectif du Testet https://www.collectif-testet.org/actualite-393-un-nouveau-scandale-sur-le-tescou.html

● Sur « l’après Sivens » lire sur Reporterre :
 
Quelques habitant.e.s du Tarn : « La « concertation » à Sivens : un jeu de dupes pour faire avaler une nouvelle pilule » Tribune parue le 21 octobre 2017https://reporterre.net/La-concertation-a-Sivens-un-jeu-de-dupes-pour-faire-avaler-une-nouvelle-pilule

Grégoire Souchay : « Sivens, Rémi Fraisse, 3 ans après » https://reporterre.net/Sivens-Remi-Fraisse-trois-ans-apres-ou-en-est-on

● Pour relativiser les plaintes des agriculteurs sur le manque d’eau pour leurs cultures dans la vallée du Tescou et leurs assertions sur la sécheresse dont ils souffriraient en été, plaintes et allégations dont La Dépêche du Midi s’est largement fait l’écho, il faut lire cet article du Journal Détarné :
 
« Canicule à Sivens : promenade dans le désert vert de la vallée du Tescou »https://lejournaldetarne.wordpress.com/2015/07/19/canicule-a-sivens-promenade-dans-le-desert-vert-de-la-vallee-du-tescou/
 

Barrage de Sivens, zone humide du Testet, vallée du Tescou:retour à la case départ ?
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Photo : Marine Vlahovic/Reporterre
Cette photo est celle de la sculpture que le groupe « La Pelle Masquée » avait érigée clandestinement dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 octobre 2015.  En pierre de Castries et roues de charrette en bois cerclées d’acier, elle pesait 1,8 tonne et mesurait plus de 2m de haut. Pour les artistes « Ce monument rend hommage à la mémoire de Rémi Fraisse, tombé sous les tirs des gendarmes il y a un an, et à toutes celles et ceux qui continuent à lutter pour l’environnement et l’humanité. » Elle ne sera restée en place qu’une semaine : le 28 octobre, elle avait « disparu ». Deux hypothèses : les forces dites de l’ordre puisque cette œuvre était sur un terrain appartenant à la société pour le compte de laquelle devait être construit le barrage ou bien des pro-barrage frustrés que celui-ci soit abandonné.
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Sur cette autre vue dont j'ignore l'auteur, on peut lire l’épigraphe illustrée d’une renoncule à feuille d’ophioglosse, petite fleur assez rare ressemblant à un bouton d’or et d’identification difficile. Elle vit dans les milieux humides comme celui qui a été vandalisé à Sivens. Rémi Fraisse en assurait avec d’autres botanistes bénévoles le suivi.
 


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