Gare aux tiques, dans les forêts et les jardins !

Jean-François Dumas

Comme je suppose que les lecteurs de ce blog sont des amateurs de sorties dans les forêts et de jardinage, je pense que sera utile une petite mise à jour sur les risques que nous font courir les tiques et les façons de s’en prémunir. Attention, contrairement à ce que l’on pourrait croire, le risque existe aussi dans les jardins !

Piqûre de tiques et maladie de Lyme

Les piqures de tiques ne sont pas anodines parce que certaines espèces de ces bestioles peuvent transmettre des virus, bactéries ou parasites aux animaux et à l’homme lorsqu’elles s’accroche à la peau et la perfore pour se gorger de sang. Cette opération est en général indolore, la tique lorsqu’elle nous pique produit dans sa salive des petites protéines, les évasines qui stoppent la réaction inflammatoire qui, sinon ne manquerait pas de se produire comme dans le cas d’une piqure de moustique. Elle peut alors sucer notre sang en toute tranquillité. Son repas achevé, elle se détache. Ni vue, ni connue. Et c’est bien là qu’est le danger.

En France, la tique peut être le vecteur chez l’Homme mordu de l’encéphalite à tique, l’anaplasmose granulocytaire humaine, la tularémie, la fièvre Q, deux rickettsioses, TIBOLA (tick-borne lymphadenopathy) et LAR (lymphangitis-associated rickettsiosis) mais la principale maladie humaine transmise par les tiques est la maladie de Lyme due à une bactérie du groupe Borrelia burgdorferi. En cas d’infection, dans la plupart des cas mais pas toujours, un halo rouge, l’érythème migrant, apparaît sur la peau quelques jours après la piqûre, le plus souvent autour de cette dernière, et s’étend de façon circulaire. Il faut alors consulter un médecin qui prescrira une antibiothérapie et tout rentrera dans l’ordre, en pincipe. Par contre, si l’infection passe inaperçue à ce premier stade et en l’absence de traitement, la maladie peut provoquer des atteintes cutanées, musculaires, neurologiques et articulaires, parfois très invalidantes. Il est donc nécessaire de prendre des précautions et d’être vigilant pour éviter tout déboire futur.

 
Les précautions à prendre


L’ ANSES recommande de prendre les précautions suivantes :

- Utilisez des répulsifs, en privilégiant ceux disposant d’une autorisation de mise sur le marché et en respectant leurs conditions d’emploi. L’ensemble de ces informations figurent sur l’étiquette, l’emballage et/ou la notice des produits.


- Portez des chaussures fermées et des vêtements couvrants de couleur claire, pour mieux repérer les tiques sur la surface du tissu.


-  Evitez de marcher au milieu des herbes hautes, des buissons et des branches basses et privilégiez les chemins balisés.


Inspectez-vous au retour de vos promenades. En cas de piqûre, détachez immédiatement les tiques fixées à l’aide d’un tire-tique, d’une pince fine ou, à défaut, de vos ongles. N’utilisez en aucun cas de l’éther ou tout autre produit et désinfectez la plaie.


- Surveillez la zone de piqûre pendant plusieurs jours et consultez votre médecin en cas de symptômes.



« Evitez de marcher au milieu des herbes hautes, des buissons et des branches basses et privilégiez les chemins balisés. » : pour ceux qui sont comme moi adeptes du hors sentier, qu’il soit battu ou non, et qui pratiquent la botanique de terrain, ce conseil est impossible à appliquer sauf à renoncer à nos activités favorites. On ne le respectera donc pas. Ce n’est pas grave si l’on suit d’autant plus rigoureusement les autres recommandations.

Il faut noter qu’il existe deux sortes de répulsifs, les uns pour la peau et les autres pour les vêtements. Une bonne précaution est de traiter ses chaussures et vêtements avec ces répulsifs spécifiques. Cette imprégnation est efficace et résiste à plusieurs lavages.

Il est impératif de bien s’examiner le corps au retour de sa sortie notamment les plis (aine, aisselles, etc.) et les cheveux, si vous ne portiez pas de couvre-chef alors que vous l’auriez dû.

 
Pas de panique !


Il faut connaître le risque pour s’en préserver mais il ne faut pas pour autant l’exagérer. Toutes les tiques ne sont pas des vecteurs de ces maladies et même si l’on est piqué par une tique infectée, le risque d’être contaminé est quasi nul si la tique est enlevée dans les 24 à 72 heures qui suivent. Et dans le cas, où la tique infectée a pu achever son repas, le risque de transmission ne serait que de 14 % (voir l’article de Nathalie Boulanger et al.). Comme en général,on ne sait pas si on a évolué dans une région où les tiques sont infectées, mieux vaut prendre les précautions élémentaires rappelées ci-dessus, surtout bien s’examiner avant de prendre sa douche ou de se glisser dans son duvet et tout ira bien. Bonne balades et pour les naturalistes de terrain, bonnes observations et découvertes.


Bonus


Je laisse de côté les controverses sur la question de l’existence d’une maladie de Lyme chronique post traitement (voir l’article de Doctissimo ) mais je m’en voudrais de terminer cet article sans indiquer que les évasines contenues dans la salive de ces bestioles, bien isolées et synthétisées, pourraient aider à soigner les formes graves des infections au Covid 19. Je rappelle que ces molécules stoppent la réaction inflammatoire consécutive à la piqûre de la tique et permet à cette dernière de sucer le sang de sa victime sans que celle-ci s’en rende compte. Or les formes graves du Covid-19 sont due au fait que la réponse inflammatoire de l’organisme s'emballe et provoque des dégâts sur les organes pouvant conduire à la mort du patient. Pouvoir disposer de molécules qui pourraient la freiner, voire l’arrêter aurait un intérêt thérapeutique majeur (pour en savoir plus, voir l’article de Futura Science ).


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 Illustration : Le physique d'une tique © Tous droits réservés - Laboratoire Spiez [ extrait de Service du médecin cantonal « Tout sur les tiques » Etat de Fribourg]
 

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Pour en savoir plus sur les tiques : S. Bonnet et N. Boulanger, 2019.Tiques, Lyme et Cie, éditions Scitep
 


 


 



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